Travail de nuit et Sommeil

En France, 1 travailleur sur 5 (20 à 25%) a des horaires de travail décalées, régulièrement ou ponctuellement et ceci n’a pas tendance à diminuer mais plutôt à augmenter, notamment chez les femmes et chez les moins de 30 ans.

Définitions:

  • Travail posté : mode d’organisation de travail en équipe ou les travailleurs sont occupés successivement sur les mêmes postes de travail selon un certain rythme, entrainant la nécessité d’accomplir le travail à des horaires différentes sur une période donnée de jour ou de semaine.
  • Travail posté discontinu : arrêt le soir et en fin de semaine.
  • Travail posté semi-continu : travail sur l’ensemble des 24 heures avec arrêt en fin de semaine (dimanche minimum).
  • Travail continu : 24h/24, 7j/7.

Le plus souvent, les équipes de salariés sont alternantes avec une rotation plus ou moins rapides des différentes périodes de travail.

  • Travail de nuit : Article L. 3122-29 du code du travail : « On appelle tout travail de nuit tout travail accompli entre 21 heures et 6 heures du matin sauf dispositions particulières… »
  • Travailleur de nuit:
  • Horaire de travail habituelle avec 3 heures comprises dans la période considérée, au moins deux fois par semaine.
  • Nombre minimal d’heure de nuit sur une période de référence : à défaut 270 heures sur 12 mois consécutifs.

Effet du Travail Poste de Nuit (TPN) sur la santé :

Sommeil et Somnolence :

Physiologiquement : Désynchronisation des rythmes circadiens (activité la nuit, condition de sommeil le jour non physiologique : lumière du soleil, température plus élevée, bruit plus important, obligations sociales…) qui entraine:

  • Trouble de la qualité du sommeil : avec risque d’insomnie, de Pathologie du travail posté.
  • Trouble de la quantité de sommeil : en moyenne une heure par nuit, soit 1 nuit par semaine et 52 nuits par an ! Cette dette de sommeil contribue à la plupart des comorbidités rapportées.

Ces rythmes de travail sont néfastes sur la vie entière, et pas seulement lors de la période de TPN !

Somnolence : du fait de la désynchronisation des rythmes circadien (éveil au moment ou la pression de sommeil est la plus forte, entre 2 et 5 heures du matin) et de la dette de sommeil. Ces effets agissent également sur la cognition : ralentissement du temps de réaction et augmentation du nombre d’erreurs.

Risques métaboliques et cardiovasculaires :

Syndrome métabolique : il existe plusieurs déterminants:

  • Biologique : désynchronisation circadienne de la production hormonale
  • Homéostatique : dette de sommeil
  • Comportementaux : modification de l’alimentation, baisse de l’activité physique

Plusieurs études de cohortes confirment l’association entre syndrome métabolique et TPN.

Risques cardiovasculaires:

Physiologiquement : la perturbation des rythmes circadiens entraine une forte perturbation des rythmes de pression artérielle et de fréquence cardiaque, avec une perturbation du système autonome cardiaque.

La réduction du temps de sommeil : Augmente le risque d’HTA et de mortalité ou morbidité cardiovasculaire ou cérébrale.

Une méta analyse entre 1983 et 2011, sur 2 millions de personnes, montre un sur risque cardiovasculaire (RR 1.41), pour l’HTA, une méta analyse plus récente retrouve un RR à 1.31 (1.07-1.6).

Avis de l’ANSES : Risque probable de maladie coronarienne, risque possible d’HTA et d’AVC.

Les cancers:

Sur le plan physiologique, cinq mécanismes cancérigènes sont mis en évidence:

  • Désynchronisation circadienne
  • Trouble du sommeil
  • Exposition à la lumière la nuit : suppression de la production de mélatonine
  • Facteurs liés au mode de vie (moins d’activité physique, plus d’alcool et de tabac) et pathologies favorisantes
  • Carence en vitamine D

Pour le cancer du sein, 24 études, entre 2007 et 2016 ont permis à l’ANSES de considérer l’effet du TPN sur le cancer du sein probable.

Pour les autres cancers (ovaire, poumon, pancréas, colorectaux, prostate) un trop petit nombre d’étude à été réalisé.

TPN et grossesse:

Cinq méta analyses ont retrouvées des risques:

  • Avortement spontané
  • Accouchement prématuré
  • Insuffisance de poids pour l’âge.

Ainsi, le TPN est déconseillé à partir de 12 semaines d’aménorrhées. Les femmes enceintes ont une possibilité de travail de jour pour toute la période de grossesse (obligatoire) si elles ou le médecin du travail le demande.

Au niveau de la médecine du travail:

  • art L. 4161-1: L’employeur a pour obligation de réduire ou supprimer les risques afin d’assurer la sécurité des salariés et de protéger leur santé physique et mentale.
  • art R. 4121- 1 à 5: L’employeur met en oeuvre les actions de prévention … garantissant un meilleur niveau de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs
  • art L. 4161-133 et D. 4161-234: Le travail de nuit et le travail en équipes successives font partie des facteurs de pénibilité. Chaque employeur doit déclarer l’exposition des travailleurs à ces facteurs de risques professionnels au delà des seuils fixés (art D. 4161-235)

Prévention primaire:

Il s’agit de limiter les effets du TPN sur la santé et le bien être des travailleurs.

Les mesures à mettre en place sont les suivantes:

  • Début de poste du matin pas trop tôt: plus le TPN commence tôt (y compris temps de trajet) moins on a de durée de sommeil.
  • Durée par poste de travail : moins de 8h continues selon la HAS, à limiter au maximum, en tenant compte des impératifs (humain et sécurité > économique) et de la charge mentale et physique du poste.
  • Pas plus de 3 nuits consécutives.
  • On conseille des rotations de durée intermédiaire: tous les 4 à 5 jours, avec le respect des 11heures minimum entre deux plages de travail (délai légal).
  • Les rotations en sens horaire sont les mieux tolérées: matin -> après midi -> nuit
  • Avoir des lieux appropriés pour la sieste: en première partie de nuit (entre 2 et 4 heures du matin) et de moins de 30 minutes pour éviter l’inertie du réveil.
  • Donner la possibilité de cuisiner des repas diététiques et former les travailleurs à l’hygiène alimentaire.
  • Favoriser une durée de travail de nuit limitée (5 à 10 ans) avec une formation vers un travail de jour.
  • Avoir un environnement lumineux en début de prise de poste et plus sombre le matin.

Ces recommandations sont résumés sur cette figure de la SFRMS:

Prévention secondaire:

Elle est effectuée lors des visites de médecine du travail.

Avant 2016, celles ci avaient lieu tous les 6 mois minimum. Depuis janvier 2017, le suivi est individualisé, avec un espacement de 3 ans maximum entre deux visites.

Le groupe d’expert de la SFRMS préconise un suivi tous les ans au minimum. Un bilan approfondi sur les facteurs de risques cardiovasculaires et les troubles du sommeil est recommandé à l’embauche et après 5 ans d’exposition (et plus selon le bilan individualisé).

Les outils de prévention secondaire sont résumé sur cette figure de la SFRMS:

Reconnaissance en tant que maladie professionnelle:

Il n’y a pas de maladie professionnelle au tableau sur le travail de nuit actuellement même si les données scientifiques convergent vers la création d’un tableau de maladie professionnelle spécifique.

Il reste possible de soumettre un dossier, l’imputabilité au travail de nuit sera décidée par les comités régionaux.

Comment limiter ces risques pour le travailleur:

Comme vu plus haut, une grande partie de la gestion de ces risques ne dépend pas de l’individu mais de l’organisation du travail.

Pour le travailleur :

  • Respecter un temps de sommeil de 7 heures par jour minimum
  • Bonne hygiène de sommeil : régularité des couchers, y compris pour les siestes
  • Prise unique de caféine : avant ou au début du travail posté
  • Une sieste de moins de 30 minutes lors du travail posté, si possible
  • Se protéger de la lumière en rentrant du travail
  • Bonne hygiène de vie, et notamment exercice physique, mais pas au retour du travail au risque de ne pas trouver le sommeil.

La lumière :

Forte lors du travail, puis de plus en plus faible, et à limiter le plus possible au retour du travail. Environnement dans l’obscurité totale si possible lors du sommeil.  

La sieste :

Lors du TPN, une sieste d’une heure trente peut être effectuée pour rattraper la dette de sommeil (exemple : une plage de sommeil de 5h minimum, et un complément par une sieste : une heure trente correspondant le plus souvent à un cycle de sommeil).

Mis à jour le


Sources:

– Evaluation des risques sanitaires liés au travail de nuit, ANSES 2016: https://www.anses.fr/fr/system/files/AP2011SA0088Ra.pdf

– Annexes du rapport: https://www.anses.fr/fr/system/files/AP2011SA0088-Anx.pdf

– Le travail posté et de nuit et ses conséquences sur la santé état des lieux et recommandations: https://www.sfrms-sommeil.org/wp-content/uploads/2020/08/Republication-de--Le-travail-poste%CC%81-et-de-nuit-et-ses-conse%CC%81quences-sur-la-sante%CC%81--e%CC%81tat-des-lieux-et-recommandations-_-Elsevier-Enhanced-Reader.pdf

– Surveillance et prévention des conséquences du travail posté et de nuit: état des lieux et recommandations: https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S075549821830397X?via%3Dihub disponible sur le site de la SFRMS: https://www.sfrms-sommeil.org/wp-content/uploads/2020/08/Republication-de--Surveillance-et-pre%CC%81vention-des-conse%CC%81quences-du-travail-poste-et-de-nuit--e%CC%81tat-des-lieux-et-recommandations-_-Elsevier-Enhanced-Reader.pdf

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