Le Diagnostic du Syndrome des Jambes Sans Repos

A retenir:

  • Le diagnostic est clinique, à l’interrogatoire, polysomnographie non obligatoire.
  • Importance de l’interrogatoire pour évaluer la sévérité, et rechercher les comorbidités.
  • Nombreux diagnostics différentiels, à éliminer.
  • La prise en charge est faite par le spécialiste, idéalement.

Le diagnostic du SJSR repose sur l’association de 5 critères:

  • Un besoin impérieux de bouger les jambes, souvent (mais pas toujours) associé à des sensations inconfortables / désagréables dans les jambes.
  • Apparition et / ou aggravation au repos ou à l’inactivité.
  • Amélioration partielle ou complète par le mouvement (marche, étirement), au moins aussi longtemps que dure cette activité.
  • Apparition ou aggravation le soir ou pendant la nuit.
  • Absence de diagnostic différentiel.

Les quatre premiers critères ont une sensibilité de 86%, le dernier critère apporte la spécificité (90%).

Les diagnostics différentiels:

  • Inconfort positionnel, mouvements inconscients des membres
  • Akathisie (impatience des membres) iatrogène
  • Myoclonies d’endormissement
  • Arthrite, blessures
  • Vasculaires : insuffisance veineuse, AOMI, œdème, acrosyndromes
  • Neurologique : crampes musculaires, neuropathie périphérique, myalgie, tremblement orthostatique, painful legs and moving toes

Enfin, l’absence de réponse aux traitements dopaminergiques ou la présence d’une somnolence diurne importante doit remettre en cause le diagnostic de SJSR.

Les mouvements périodiques des membres:

Ce sont des mouvements involontaires, différents des mouvements réalisés pour soulager le SJSR. Ils surviennent lors de la veille calme (endormissement) ou pendant le sommeil (ou ils sont objectivés par le conjoint). Un seuil de 15 MPM par heure a une valeur prédictive positive de 92%. Cependant, les MPM peuvent être isolés ou iatrogène / cause neurologique, et ne font donc pas partie des critères essentiels.

Une fois le diagnostic posé, il est important de le caractériser et d’évaluer la nécessité d’un traitement :

  • Histoire de la maladie : âge de survenue, comorbidités, vitesse d’évolution, grossesse.
  • Qualification des sensations : décharges, picotements, « agacements », impatiences, brulures, douleurs (24 à 60%). La plupart du temps, les patients ont du mal à décrire leurs symptomes.
  • Localisation : le plus souvent en profondeur, bilatéral et symétrique, touchant le haut des mollets.
  • Apparition : Lors de l’immobilité forcée, les symptômes sont souvent déclenchés / exacerbés (ex : long voyage en avion, si pas de gêne, se reposer la question du diagnostic). Moins de gêne lors d’un travail de concentration (ex : travail sur l’ordinateur vs regarder un film).
  • Evolution au cours du nycthémères : caractériser les périodes les plus propices. L’agenda du sommeil peut être utile. Pic entre minuit et une heure, et minimum entre 9 et 11h.
  • Fréquence de survenue : forme chronique persistante (2 fois par semaine pendant 1 an) ou intermittente (au moins 5 épisodes).
  • Retentissement clinique : perturbation sur le sommeil, le travail, l’humeur…

Place de la polysomnographie du sommeil:

Forme non traitée de SJSR:

  • Doute diagnostic
  • Doute sur la nécessité d’un traitement
  • Suspicion de SAHOS
  • Sommeil très perturbé, somnolence diurne importante, ne pouvant être expliquée par le SJSR
  • Enfant très jeune (non verbal) et jeune < 30 ans si comorbidités

Forme traitée de SJSR:

  • SJSR résistant au traitement médicamenteux bien conduit
  • Suspicion de syndrome d’apnée du sommeil

Evaluation de la sévérité du SJSR:

L’International Restless Legs Scale (IRLS) est utilisée pour l’évaluation de la sévérité, de l’évolution et notamment de la réponse au traitement. Il s’agit d’un auto-questionnaire à compléter par le patient.

A noter qu’elle ne prend pas en compte les comorbidités et les diagnostics différentiels.

L’agenda du sommeil sur 14 jours permet également d’apprécier la fréquence des symptômes.

Evaluation des comorbidités et facteurs favorisants :

Comorbidités:

  • Carence martiale, d’autant plus si anémie associée : effet sur la sévérité des symptômes et sur le risque de récidive.
  • Insuffisance rénale chronique, notamment si prise d’inhibiteurs calciques, PTH et CST bas, diabète de type 2 associé.
  • Pathologie cardiovasculaire : association faible, surtout présente chez la femme. (HTA avec les mêmes caractéristiques que le SAHOS : non dipper).
  • La migraine.
  • La maladie de Parkinson traitée, avec un RR à 4.
  • La neuropathie périphérique, et le diabète, même sans neuropathie associée.
  • Les troubles psychiatriques (troubles anxieux, dépression) avec un aspect bi directionnel. A noter que certains psychotropes aggravent le SJSR, notamment certains antidépresseurs.

Facteurs favorisants:

  • Grossesse en cours
  • Carence martiale
  • Pathologie psychiatrique
  • Rythme veille sommeil irrégulier, SAHOS
  • Activité physique inadaptée (trop tardive)
  • Consommation excessive d’excitants
  • Traitements : antidépresseurs, neuroleptiques, lithium, antihistaminiques, oxybate de sodium (utilisé dans la narcolepsie cataplexique)

Bilan du Syndrome des Jambes Sans Repos:

Examen clinique :

Il doit être normal: Il ne retrouve pas de déficit sensitivo-moteur des membres supérieurs ou inférieurs, le chaud / froid et la douleur sont bien perçus.

Il peut y avoir un trouble de la sensibilité à type d’hyperalgie à l’aiguille, ou de sensibilité anormale ou augmentée à la piqure mousse et à la vibration.

On ne retrouve pas d’argument pour une artériopathie (pouls distaux perçus, pas de troubles trophiques), pour une neuropathie ou pour une sciatalgie.

Bilan paraclinique :

Bilan biologique systématique, à la recherche d’une carence martiale, avec ou sans anémie associée d’une insuffisance rénale et d’un diabète (si jamais fait).

Le seuil de la ferritine est différent de celui du laboratoire: 50ug/L voir 75ug/L (carence martiale intra cérébrale).

Mis à jour le


Sources :

– Syndrome des jambes sans repos et mouvements périodiques des jambes au cours du sommeil 2012: https://www.chuv.ch/fileadmin/sites/cirs/documents/emc_rls_plms_jose.pdf

– Comment poser le diagnostic du syndrome des jambes sans repos? SFMRS 2016 https://www.sfrms-sommeil.org/wp-content/uploads/2020/08/SJSR_MdS_Comment-poser-le-diagnostic.pdf

Image: crédit image Bing Image Creator

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